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La poche de Royan

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Les livres d’histoire qui traitent de la seconde guerre mondiale sont presque tous curieusement muets sur ces combats des poches de l’Atlantique, au point que de nombreux Français sont surpris lorsque l’on évoque devant eux les durs affrontements qui ensanglantèrent l’Ouest de notre pays en 1944-1945.

Qui se souvient encore des 400 maquisards qui payèrent de leur vie leur engagement afin de délivrer leur région des derniers occupants nazis ?

Les Forces allemandes du Sud-Ouest.

Depuis le mois de Juin 1942, Bordeaux abrite les quartiers de la 1ère armée allemande, responsable de la défense du littoral allant de la frontière espagnole à l’embouchure de la Loire.

C’est le général Von der Chevalerie qui commande les quatre divisions d’infanterie : La 708ème D.I étant installée en Charente. A ces quatre divisions, s’ajoutent deux divisions blindées : la 17ème Panzergrenadier à Poitiers, et la 11ème Panzer à Périgueux.

À ces forces allemandes, venaient se joindre des régiments formés de soldats enrôlés de force, venus de Pologne, de Hongrie, d’Autriche, de Roumanie, mais ce sont les Russes et les Hindous qui formaient la majorité des étrangers servant sous l’uniforme allemand.

À ces forces terrestres, il fallait adjoindre les forces maritimes : Les forces de défenses côtières (Sicherungs – Streit - Kräfte) avec les flottilles de dragueurs de mines et la flottille de briseurs de blocus (Sperrbrecher - Flottille) de Royan. On voyait également les forces de haute mer (8ème Flottille de contre – torpilleurs de Royan) mais le plus important étaient les deux importantes bases sous-marines installées, l’une à La Pallice, l’autre à Bordeaux. N’oublions pas les terrains d’aviation installés un peu partout (dont celui de Médis, à côté de Royan).

Si l’on fait le compte des quatre divisions d’infanterie, des deux divisions blindées, des marins, des aviateurs, des services et des unités étrangères, on arrive à 112 000 hommes.

Les débarquements alliés marquent le tournant de la guerre en Europe. Pour contrer l’avance anglo-américaine en Normandie, Hitler ordonne à toutes ses armées stationnées en France de détacher le maximum de divisions afin de répondre aux demandes de secours de la 7ème armée chargées de défendre les côtes de la Manche.

C’est ainsi que la 1ère armée du Sud-Ouest fait partir deux divisions de Panzer : la 17ème Panzer et la 2ème Panzer, mais ces divisions viennent trop tard : la tête de front s’élargie en direction du Cotentin, et à partir d’Avranches les américains lancent leurs divisions en direction de Brest – Rennes et Laval.

15 Août : le deuxième débarquement s’effectue sur les côtes de Provence. La 7ème armée U.S et la 1ère Armée Française s’avancent vers le nord.

Le but de la manœuvre est clair : fermer la « tenaille » et empêcher les unités allemandes du Sud-Ouest de s’échapper en direction de l’Allemagne.

L’ordre de repli allemand.

Il faut faire vite : toutes les armées situées à l’est d’une ligne Montpellier – Clermont-Ferrand, doivent évacuer leurs garnisons et se replier sur la région de Dijon afin d’y opérer leur jonction avec les troupes qui reculent vers la frontière du Nord-est.

C’est la première fois qu’Hitler ordonne un repli stratégique : il voulait reformer une ligne de défense Belfort – Epinal – Metz – Thionville.

Cependant, et ce point est très important, les poches de résistance ne seront pas évacuées : il faut maintenir ces îlots fortifiés qui doivent contribuer à garder l’entrée de La Gironde pour protéger la base sous-marine de Bordeaux et la base de La Rochelle pour protéger la base marine de La Pallice.

L’ordre de repli arrive le 18 Août : et l’ensemble des troupes allemandes, en bon ordre, prend la route de Bordeaux à Poitiers, puis direction plein est : Châteauroux, ou Le Blanc… Les deux "poches" de chaque côté de l’embouchure de La Gironde : la poche de Royan au nord avec 10 000 hommes, la poche de la pointe de Grave au sud avec 4 500 hommes, resteront isolées stoïquement pendant huit mois, jusqu’aux combats de la libération qui seront menés par les maquisards aidés par la puissante aviation américaine, la flotte française venue de Grande- Bretagne et la 2ème D.B venue du front de l’Est.

La forteresse de Royan

Hitler a pris sa décision dès Janvier 1944, de transformer les "poches" en forteresses imprenables. « Ces secteurs seront équipés de batteries côtières et de blockhaus qui rendront la région inexpugnable ».

Chaque poche de résistance dispose d’armes de toutes catégories et de réserves alimentaires permettant d’assurer leur subsistance pendant des mois.

Elles seront entourées de champs de mines, eux-mêmes défendus par des bunkers et des casemates. Les plages seront interdites grâce à des obstacles de toutes matières (pieux, tétraèdres, chevaux de frise …) Bref : la poche de "Royan" quadrilatère allongé sur 30 kilomètres est-ouest et large de 10, apparait comme un réduit capable de résister à toutes les attaques.

Les résistants et les maquisards

Les résistants et les maquisards formaient alors des petits groupes autonomes : ces groupes constituèrent progressivement des réseaux plus structurés qui doivent se cacher pour survivre, en attendant les armes qui leur arrivent grâce aux parachutages des alliés.

Lorsque les troupes allemandes commencent leur repli, il n’y avait personne pour coordonner les activités des maquisards. Chaque groupe F.T.P. ou F.F.I prend alors des initiatives ; il décide de poursuivre l’armée allemande qui se replie. Ces colonnes de maquisards venues de Poitou, des Pyrénées, des Landes ou du Périgord ne se doutaient pas où leurs actions allaient les entraîner !

Ce sont des centaines de groupes qui se sont formés dans le centre-ouest de la France : ils se sont dirigés d’abord sur Bordeaux, puis sur Angoulême… puis ils ont hésité : fallait-il s’arrêter sur la côte atlantique afin de libérer les poches qui s’étaient formées ?

Le rôle du colonel Adeline

Heureusement, un homme énergique venu de Dordogne avec ses maquisards, décide de prendre les choses en main. Il installe son PC à Cognac, le 5 septembre 1944, et coordonne les mouvements des troupes françaises dont le nombre de combattants se monte maintenant à 15 000.

L’installation des groupes de maquisards autour de la poche de Royan

Des milliers d’hommes qui arrivent dans une région où rien n’est prêt pour les accueillir, cela pose, on s’en doute, de graves et d’innombrables problèmes de nourriture, d’hébergement, d’armement et de soins. Il fallait également penser à l’habillement et à la discipline… chacun se débrouillant comme il le pouvait.

Le 23 Août, un décret paraît, demandant aux maquisards de signer un engagement pour la durée de la guerre. Le 18 Septembre le général de Gaulle arrive à Cognac et fixe la principale mission aux troupes françaises qui encerclent la poche de Royan. « La poche allemande devra être réduite par la force… Je prendrai toutes dispositions afin que les combats de la libération dans ce secteur soient menés avec rigueur : Pour le moment il s’agit de tenir ! »

14 Octobre : le général de Gaulle met l’ordre dans tous les groupes de maquisards : il nomme le général de Larminat, chef du détachement d’armée de l’Atlantique et son adjoint le général d’Anselme. Le chef des forces françaises de la poche de Royan sera le colonel Adeline.

Toutes des forces armées dépendent des américains qui livrent tout ce qui leur est nécessaire pour vivre et combattre (uniforme, ravitaillement, essence, munitions, camions, etc)

Les civils

Dès le mois d’Avril 1944, les autorités allemandes avaient invité la population civile vivant à l’intérieur de la poche à évacuer leurs maisons… des milliers de personnes suivirent cet ordre et allèrent s’installer dans les départements de Charente, Charente-Maritime, Vienne, Deux-Sèvres… mais il restait encore 8 000 civils dont 4 000 dans la ville de Royan. Ces courageuses personnes n’avaient plus d’électricité, ni d’eau potable. Une première tentative de libération se déroule dans les derniers jours de Décembre 1944, mais une attaque allemande à Bastogne demande la présence de toutes les forces blindées françaises… La tentative est abandonnée mais la ville de Royan sera bombardée par erreur le 5 janvier 1945 et les 350 bombardiers venus de Grande- Bretagne transforment la ville en un tas de pierres sous lesquelles gisent 600 morts et un millier de blessés.

La préparation de l’attaque de la poche de Royan

Le général de Gaulle demande au général Eisenhower l’autorisation de "prélever" une unité blindée sur le front de l’est afin que celle-ci soit envoyée en renfort sur Royan.

L’autorisation est accordée. C’est la 2ème BD du général Leclerc qui est désignée et dès le mois de mars, les chars de la division française sont dirigés, par chemin de fer, dans toutes les petites villes charentaises.

D’autres renforts arrivent : Ce sont des bataillons ou des régiments d’outre mer (BM.5 des Antilles BM.2 de Centrafrique 4ème régiment de zouaves 13ème dragons, 6ème bataillon de tirailleurs nord-africains, le 1er régiment de spahis marocains, un régiment de Somalie).

La force maritime française basée à Plymouth arrive en vue des côtes charentaises (24 navires). Les forces aériennes de l’atlantique basées à Cognac ou à Bordeaux-Mérignac sont mises en alerte avec leurs 140 appareils.

Le total des hommes des forces françaises prêt à attaquer la poche de Royan est de 30 500 soldats (14 000 F.F.I et 16 500 hommes des renforts)

La manœuvre prévue par le Général de Larminat

Premièrement : attaque à partir de l’est de Meschers-sur-Gironde – Semussac – Médis, direction Saint-Georges-de-Didonne et Royan.

Deuxièmement, attaque à partir du nord vers La Tremblade et Ronce-les-Bains direction le phare de La Coubre.

L’attaque de la poche de Royan.

La bataille commence le 14 Avril au matin, l’artillerie et l’aviation écrasent les défenses allemandes sous un déluge de feu et de fer. Les Allemands, bien abrités dans leurs bunkers opposent une résistance acharnée, mais les canons du cuirassier "Lorraine" et du croiseur "Duquesne" ont raison des plus épais blindages.

Les Allemands ont eu 1 000 tués, 800 blessés, les Français déplorent 365 tués 1 560 blessés.

Il a fallu 5 jours pour réduire l’énorme forteresse de la poche de Royan. Malheureusement, la partie de la ville qui n’avait pas complètement été détruite par les bombardements alliés, a été complètement rasée par les combats du mois d’avril.

Aurait-on pu éviter ces ruines et ces morts et attendre la fin de la guerre ? Peut-être ! Néanmoins cette victoire redonne le moral à l’armée française et elle montre que les maquisards engagés au côté de leurs camarades de l’armée de métier ont fait preuve d’un courage et d’une détermination admirables.

André Voisin


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