LE DRAPEAU


1ere guerre mondiale, prise d'armes sur le terrain

Voyez-vous, disait le vieux capitaine on frappant sur la table, vous ne savez pas, vous autres, ce qu’est le Drapeau. Il faut avoir été soldat, il faut avoir passé la frontière et marché sur des chemins qui ne sont pas ceux de la FRANCE, il faut avoir été éloigné du pays, sevré de toute parole qu’on a parlée depuis l’enfance, il faut s’être dit, pendant les journées d’étapes et de fatigues, que tout ce qui reste de la Patrie absente, c’est le lambeau de soie aux trois couleurs françaises qui clapote là-bas au centre du bataillon; il faut n’avoir eu dans la fumée du combat, d’autres points de ralliement que ce morceau d'étoffe déchirée, pour comprendre, pour sentir tout ce que renferme dans ses plis cette chose sacrée qu’on appelle le Drapeau.

Le Drapeau, mes amis, sachez le bien, c’est, contenu dans un seul mot, rendu palpable dans un seul objet, tout ce qui fut fout ce qui est la vie de chacun de nous: le foyer où l’on naquit, le coin de terre où l'on grandit, le premier sourire de l’enfant, la mère qui vous berce, le père qui vous gronde, la première larme, les espoirs, les rêves, les chimères, les souvenirs ; c’est toutes ces joies à la fois, toutes enfermées dans un mot, dans un nom, le plus beau de tous, la PATRIE.

Jules.Clarétie (1879)